¤ Lucìa Etxebarrìa,
Amour prozac et autres curiosités, 1997
Edition France Loisir, collection Piment, 2000
Traduction Marianne Million

* 4ème de couverture
Trois jeunes femmes, trois sœurs en mal d’amour dans l’Espagne mouvante d’aujourd’hui. Cristina, serveuse dans un bar madrilène, qui cherche dans l’extasy, les raves, les amants de passage, l’oubli d’un amour malheureux. Rosa « executive woman », qui confond amour et bilans, se console au prozac. Ana, épouse modèle auprès d’un mari falot, dépressive, se shoote aux somnifères.
La chronique drôle, impudique et cruelle d’une génération espagnole qui tangue entre paradis artificiels et désenchantement.
* Citations
« Toi, par exemple puisque tu as décidé d’arrêter de baiser, tu peux te mettre à écrire à écrire un roman. Pense à tout le temps libre que tu auras. » Line à Cristina, P130
« On ne regrette pas les personnes qu’on a aimées. Ce qu’on regrette, c’est la partie de nous même qui s’en va avec elles » Cristina, P161
« Il est difficile de me rappeler que mon cerveau n’est pas constitué de chips, que je suis humaine.
Même si on le remarque de moins en moins. » Rosa, P 177
« La plupart des gagnant ont un jour pris la décision de s’attaquer au sommet, ils mettent un terme à toutes les relations privées susceptibles d’être cause d’équivoques. Ils que cela revient à modifier les règles du contact humain et conduira à la catastrophe. » P226
* Avis
Très bonne littérature de chiotte. Je m’explique, ne voyez rien de péjoratif là dedans. Il s’agit du genre de roman que l’on peut facilement laisser en plan à pratiquement n’importe quel moment et ne reprendre que pour quelques pages comme ci comme ça… pas besoin de vous faire un dessin.
Ne l’ayant pas lu en espagnol je me baserais uniquement sur la traduction.
Très vite nous nous prenons dans la vie des trois jeunes femmes, sans doute est-ce du à l’emploi de la première personne du singulier, ce je auquel il est facile de s’identifier, que la plume journalistique de l‘auteur nous dépeint en couleurs criardes, pastels éclatantes et vitriole acide.
Elles ont des plaies des blessures qui sont comme celles du commun des mortels. Elles n’en sont ni plus intéressante, ni moins, juste des blessures. Que ce soit la mère de famille, femme d’affaire ou la junkie, cela n’a aucune importance car elles souffrent toutes de souffrances que chacun a déjà ressenti, ressent ou ressentira. C’est assez universel et le langage parfois cru contraste avec les envolées plus poétiques. C’est un mélange détonnant de pensés d’affirmations, d’infirmations, qui nous affiche une vérité pas forcément belle mais terriblement vraie. Il est troublant de remarquer le personnage le plus attachant, sans doute par ce qu’il s’agit du plus développé par l’auteur, Cristina, est celui qui mène la vie la plus dissolue. Tout est excessif dans son monde et sa manière de le vivre (alcools, soirées, coucheries, drogues…). On se prend tour à tour à les aimer toutes les trois, les plaindre, compatir à leurs malheurs, autant qu’on en arrive à vouloir les secouer, leur hurler qu’elles ne sont pas les plus malheureuses, qu’elles devraient plutôt se secouer et avancer plutôt que de stagner dans leurs états déprimant et dépressifs.
Le poids de la tradition, de l’éduction est mit en exergue, notamment dans son aspect religieux avec la manière dont est façonné notre mode de pensé, notre approche de certains aspect de la vie, le sexe notamment. Au-delà de toute critique c’est une constatation, la mise en avant d’un mal être, d’un fossé, d’une tension qu’il existe encore, bien qu’à moindre mesure, entre le monde d’aujourd’hui, sa tolérance des excès et des comportements jugés négativement par les textes religieux et les traditions catholiques fortement ancrées dans les pays du pourtour méditerranéen. Cette tension crée un paradoxe déstabilisant et une quête d’identité qui se mêlent à tous ces petits désastres du quotidien.
Au final il s’agit d’un excellent livre, bourré d’anecdotes et de petites phrases assassines sonnant comme des sentences doucereuses. Le regard extérieur, la prise de recul que prennent les personnages à certains moments sur leurs vies est d’autant plus intense que ce sont ces passages qui nous révèlent la journaliste derrière l’auteur. Du poignant, du sentiment dans une tentative d’objectivité.
Idéal pour panser un peu ses propres plaies car on se rend compte que Rosa, Ana et Cristina pourrait très bien être des parties de nous même. Elles nous font nous rendre compte de la futilité, de la dangerosité de certaines de nos comportements et nous emmènent sinon à oublier ou moins prendre du recul sur ce qui nous semble être une fin du monde.
* Conseil
À lire au moins une fois.